LA PRISON DOREE DU VATICAN

     En Mai 1871, le Parlement italien avait voté la loi dite des Garanties, par laquelle l'Etat italien assurait la liberté d'action et de mouvement à Pie IX et à ses successeurs . Celui-ci n' en tint aucun compte,et se considéra comme prisonnier au Vatican de l'Etat italien . Les papes suivants firent de même, si bien qu'ils demeurèrent cloîtrés pendant 60 ans : Pie IX de 1870 à 1878 ; LéonXIII de 1878 à 1903 ; Pie X de 1903 à 1914 ; Benoit XV de 1914 à 1922 ; Pie XI de 1922 à 1929 , année de la signature des accords du Latran mettant un terme à la question romaine .
     Mais le palais du Vatican, ses temples, et annexes , classés ultérieurement par l' UNESCO dans la propriété artistique de l'Humanité , n'avaient rien de l'in-pace sépulcral d'un monastère , à peine éclairé par une lumière très pauvre venant entretenir un prisonnier de sa fin prochaine . Le Vatican était une " prison dorée " . L'architecture grandiose des bâtiments servait d'écrin à une suite sans égale d'oeuvres d' art de toutes sortes, pierreries , joaillerie, vêtements somptueux de cérémonie....etc...., dont le pape , malgré son voeu de pauvreté , avait la jouissance pleine et entière , comme s'il en était le propriétaire.
     La chaire de St. Pierre symbolise parfaitement le caractère impérial de tout ce decorum . La partie haute figure un soleil éclatant semblable à celui statufié par Constantin, au centre de sa nouvelle capitale , et le caractérisant comme le dieu-solaire éclairant jusqu'aux plus lointains confins de son Empire . Le pape , s'asseyant sur le trône de St.Pierre , incarne le nouveau soleil ( neos helios= noël ) le nouveau maître de l'Empire , dont la parole va indiquer à chacun comment il lui faut agir pour la plus grande gloire de dieu , et son salut .
     La chaire de St.Pierre est assurément un siège hallucinogène , dont l'utilisation provoque chez son titulaire une volonté de puissance universelle sous le couvert d'un service divin .

CONCLUSION
III      APRES LES ACCORDS DE LATRAN ( 1929 )


 

           

  I   L'Eglise, administration religieuse de l'Empire ( 325 - 750 )
  II   Les premiers temps de l'Etat pontifical ( 754- 1054 )
    
  III      Après les accords de Latran (1929 )
     
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1    La prison du Vatican (1870)
2    L'Etat de la Cité du Vatican (1929)
3   Après la deuxième guerre mondiale ( 1939 )


1    La prison du Vatican (1870)

     L'année 1870 marqua la fin des Etats pontificaux, réduits alors au Latium et à Rome. Le retrait du corps expéditionnaire français du fait de la guerre franco-allemande permit à l'armée italienne de pénétrer dans la ville, définitivement, le 20 Septembre 1870. Rome et le Latium s'unirent à l'Italie par un plébiscite du 2 Octobre; Rome fut déclarée capitale de l'Italie en Décembre 1870.

      Le pape Pie IX avait réuni à partir du 8 Décembre 1869 le Concile de Vatican l (1), qui, poursuivant l'oeuvre du Syllabus, publié le 8 Décembre 1864, avait proclamé l'infaillibilité ex-cathedra du pontife en ce qui concerne la foi et la morale; non sans provoquer de graves remous dans l'Eglise, notamment le schisme dit des "vieux catholiques". En France plus précisément, cette vive opposition fut soulignée par la démission du célèbre prédicateur de Notre-Dame de Paris, le Père Hyacinthe Loyson, supérieur depuis dix ans du Carmel parisien; il défroqua, quitta l'Eglise et se maria.

     Fort de sa nouvelle qualification dogmatique, Pie IX s'estima d'autant plus outragé par les événements, que le gouvernement italien était à la fois laïc, anti-clérical et socio-libéral. Pie IX s'enferma dans le Vatican et se considéra prisonnier de l'Etat italien. Cette situation devait durer environ soixante ans jusqu'en 1929, malgré le vote par le Parlement italien de la loi des Garanties, le 13 Mai 1871, que le pontife voulut ignorer.

     La réaction immédiate de Pie IX (à son emprisonnement) fut double:
           - d'une part, il excommunia le Roi d'Italie es-qualité, installé à Rome au Palais du Quirinal;
           - d'autre part, il demanda aux catholiques italiens de s'abstenir de toute participation à la vie politique de leur pays par un texte dit "non expedit", annulé seulement en 1919 parBenoit XV à l'occasion de la création du parti populaire italien (P.P.I) par Dom Luigi Sturzo. Le mot d'ordre lancé par la papauté précisait: "ni électeur, ni élu".

     Il convient de rappeler les principaux événements qui conduisirent à cette situation de rupture entre la papauté et l'Etat italien:
La cause éloignée mais effective fut la Révolution Française de 1789; elle représentait elle-même une conséquence du changement profond opéré dans les esprits depuis la Renaissance jusqu'à l'Encyclopédie par les travaux des humanistes, savants et autres érudits, à l'égard de la religion prônée par l'Eglise romaine et ses membres, dont Voltaire disait:
                         "notre crédulité fait toute leur science et leur richesse"
La Révolution Française s'illustra immédiatement par la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen; celle-ci effaçait subitement la doctrine romaine du pouvoir issu de dieu; et niait la validité de tout gouvernement non désigné par la volonté de ses citoyens. Aussi bien, dès le 10 Mars 1791, Pie VI par le Bref "quod aliquantum" condamna-t-il ces Droits de l'homme et du citoyen stipulés contraires, selon lui, aux droits de dieu. Le pape transformait l'homme et le citoyen en adversaires du dieu tout puissant qui manifestait une singulière faiblesse en permettant l'instauration d'un régime politique démocratique, entérinant sa constitution civile du clergé.
Sous le Directoire, le pape Pie VI fut emprisonné, déchu de son pouvoir temporel; la première République romaine fut proclamée. A partir de 1805, Napoléon procéda depuis la République Cisalpine de Milan, devenue le royaumed'Italie, à une série d'annexions, dont celle des Etats pontificaux en 1809, réunis à l'Empire français en 1810; Pie VII fut emprisonné, Rome devint le chef-lieu du département du Tibre. Le fils de Napoléon, né en Mars 1811, fut appelé le "Roi de Rome".

     Malgré la Restauration décidée par le Congrès de Vienne (1814 -1815), la population italienne resta profondément attachée à l'idée de l'unification de son pays. Les mouvements des Carbonari et autres Garibaldiens animèrent le Risorgimento qui se concrétisa par trois guerres d'indépendance, obligeant le pape Pie IX à s'enfuir à Gaète le 24 Novembre 1848; le 9 Février 1849 la République fut proclamée à Rome, et le pape fit appel aux puissances catholiques pour rétablir son trône. L'aide effective la plus importante vint du Prince-Président Louis Napoléon. Pie IX revint à Rome le 12 Avril 1849, plus persuadé que jamais de la nécessité de son pouvoir temporel, en tant que garantie indispensable de l'indépendance du Chef de l'Eglise. Par la suite, en 1859 -1860, des révolutions se succèdèrent dans la presque totalité des Etats pontificaux. La défaite des partisans du pape à Castelfidardo, en Septembre 1860, déclencha une tempête d'excommunications qui frappèrent des millions d'Italiens. Le royaume d'Italie fut proclamé à Milan le 18 Mars 1861. Cavour, grand adversaire de Pie IX, précisa en deux discours des 25 et 27 Mars de cette année les objectifs restant à atteindre: Rome devait devenir la capitale de l'Italie; le pape devait renoncer à tout pouvoir temporel en échange de la liberté que le gouvernement italien lui promettait. L'unification italienne devenait un processus irréversible, mais les discours de Cavour contribuèrent à rendre plus ferme l'intransigeance du pontife.
      En 1864, sortiront simultanément l'Encyclique "Quanta cura", et le Syllabus; celui-ci contenait une liste de 80 propositions, jugées erronées et condamnées de ce fait par l'Eglise; dont la pleine liberté de la presse et de la pensée. La publication du Syllabus donna à Pie IX l'idée de convoquer un concile oecuménique, qui fut donc inauguré le 8 Décembre 1869. La Constitution "Pastor aetermus" sur la primauté universelle de juridiction du pape et son infaillibilité personnelle (ex cathedra) fut votée le 8 Juillet 1870; on ne pouvait imaginer une incompréhension plus forte à l'égard du monde et de la culture modernes.
      Concrètement, l'on en revenait au Xlème siècle, à l'époque où Grégoire VII prétendait non seulement à l'infaillibilité, mais à la désignation exclusive des rois et empereurs, du fait de sa qualité de Vicaire du Christ. Toutefois, comme les rois eux-mêmes étaient proclamés de droit divin, ils s'opposèrent naturellement à cette prétention abusive du pontife, c'est-à-dire de la Curie romaine. Au 17ème siècle, Bossuet démontra que le roi était de droit divin par sa charge même et non par son sacre. Mais cet obstacle tomba sous l'effet de la Révolution Française, et de l'extension plus ou moins rapide de ses principes à toute l'Europe occidentale. La disparition progressive de la royauté d'origine divine permit au pape de réitérer son infaillibilité; celle-ci lui permettait de rétablir son titre de Pasteur universel, c'est-à-dire de compenser la perte de son pouvoir temporel par l'exercice de sa vocation (supposée) à organiser le gouvernement universel des âmes, comme le déclarait au début du VlIème siècle, Grégoire 1er. le "Consul de Dieu".

      La perte des Etats pontificaux obligeait l'administration du Siège dit apostolique à revenir à un passé vieux de 13 siècles pour trouver une justification à l'exercice de l'autorité dite spirituelle du pape qui l'incarnait; l'autorité de celui-ci trouvait son origine effective et exclusive dans sa volonté de puissance personnelle et celle de cette administration.  

     Pie IX mourut en 1878 et fut remplacé par Léon XIII jusqu'en 1903. L'attitude du nouveau pape quant à la question romaine confirma l'intransigeance du pontife défunt; l'hostilité à l'égard du gouvernement italien fut tout aussi vive, mais Léon XIII développa une action tendant à démontrer que l'Eglise n'avait pas besoin d'un Etat pour être considérée. Profitant de la centralisation administrative opérée par son prédécesseur, il envoya hors d'Italie, dans toute l'Europe et même en Amérique du Nord, des nonces pour le représenter auprès des Pouvoirs publics, de la hiérarchie catholique, et des fidèles; il acquit ainsi une autorité morale certaine; 19 pays étaient représentés par des ambassadeurs auprès du Saint-Siège à la mort de Léon XIII qui conclut des concordats et accords avec divers Etats dont le Pérou, l'Equateur, l'Autriche-Hongrie, Monaco et la France; sans omettre les arbitrages internationaux rendus, notamment dans le conflit de frontières entre l'Argentine et le Chili en 1900 -1903.


Léon XIII   ( 1878 - 1903 )

                  Léon XIII fut remarquable au moins pour trois raisons:
   - d'une part, la durée de 25 ans de son pontificat égala celle de l'Apôtre Pierre , qui , selon la légende , exerça ses fonctions de 42 à 67 de notre ère ;
   - d'autre part , il fut le premier pape , par l'encyclique Rerum Novarum , à traiter des problèmes sociaux et économiques de son temps ;
   - enfin , il prouva à plusieurs reprises que l' Eglise n'avait pas besoin d'être propriétaire d'un territoire pour exerçer son influence . Le ralliement à la République Française , entre autres , fut proposé par le Cardinal Lavigerie , à sa demande .
   L'on regrettera d'autant plus qu' à la fin de sa vie le sentiment de sa faiblesse physique ait excité le sentiment de son infaillibilité, et provoqué un durcissement doctrinal.

     Les deux faits principaux du pontificat résident:
          - d'une part, en contradiction avec le "non-expedit" toujours en vigueur,dans la politique de ralliement à la République Française, proposée par le Cardinal Lavigerie dans un toast de fin de banquet prononcé le 12 Novembre 1890; le mot d'ordre du ralliement s'énonçait: "Accepter la constitution pour changer la législation". Mgr. Lavigerie d'origine légitimiste obéissait aux ordres de Léon XIII, qui confirma cette acceptation, "du bout des lèvres" (c'est bien le cas de le dire!), de la démocratie française, par l'encyclique "Au milieu des sollicitudes" du 16 Février 1892. Toutefois, le fameux Bref "Quod aliquantum" de Pie VI n'était pas dénoncé et cette action suscita la méfiance des républicains français. Les doits de l'homme et du citoyen restaient toujours contraires aux doits de dieu; la diplomatie du Vatican utilisait, comme trop souvent, un double langage.
           - d'autre part, dans la promulgation de l'encyclique "Rerum novarum" du 15 Mai 1891, en réaction à .la croissance du socialisme; texte à l'influence traditionaliste par sa condamnation du socialisme, de la lutte des classes, et la réaffirmation de la vigueur de la famille comme base de la Société; texte novateur par les encouragements aux catholiques sociaux et la défense de l'action syndicale. Léon XIII, pour la première fois, faisait entendre la voix de l'Eglise à propos des questions extérieures à la foi romaine comme le juste salaire, les conditions de travail, le droit syndical, le devoir des patrons à écouter les représentants syndicaux etc...; cependant, "la question ouvrière" restait un problème de morale. La publication de l'encyclique connut un énorme retentissement, si bien que l'Association internationale du travail demanda au pape d'envoyer des représentants au Congrès de Cologne en 1902; c'était, en quelque sorte, une compensation au veto émis par le gouvernement italien à une présence du Vatican à la réunion de l'Association internationale pour la paix de 1899.

     La fin du pontificat conduisit Léon XIII à durcir ses réflexions en deux encycliques négatives quant à l'insertion des catholiques dans la société moderne: "Testem benevolentiae" de 1899, et "Graves de communi" de 1901; cette dernière présentait des réserves nettes à l'égard de la démocratie. Léon XIII fut aussi le pape qui remit à l'honneur la philosophie aristotélicienne de Thomas d'Aquin; l'Eglise n'avait selon lui rien à craindre d'une confrontation avec l'Histoire; elle devait remonter aux sources "divines" de son origine puisque "Dieu n'a pas besoin de mensonges"; ces mensonges étant constitués par le positivisme, le scientisme, et le rationalisme sous toutes ses formes.

     Pie X succèda à Léon XIII de 1903 à 1914. Son activité s'exerça principalement dans le domaine dit de la pastorale, par l'introduction de nouveaux programmes d'études et de vie dans les séminaires, par la publication d'un nouveau catéchisme, l'opposition au rigorisme janséniste (fréquence de la communion, âge de la première communion) et par la "résurrection" du chant grégorien lors des offices.
      Ses positions d'ordre politique n'innovèrent en rien quant au gouvernement italien. Il condamna vigoureusement la loi française de séparation de l'Eglise et de l'Etat, votée en 1905; son intransigeance provoqua de nombreuses critiques y compris d'évêques français.
     Son pontificat resta essentiellement marqué par sa condamnation du modernisme qu'il qualifia de synthèse de toutes les hérésies, en opposition totale à la doctrine romaine. Cette condamnation frappa d'anciens ecclésiastiques comme A.Loisy, et suscita la création d'un véritable organisme d'espionnage sous la direction de Mgr.U.Benigni; cette condamnation illustrait en définitive cette pensée que la foi n'est sûre d'elle-même qu'à condition de ne point s'interroger.
     En face des risques de guerre en 1914, le sentiment de son impuissance emporta le Pontife le 20 Août de cette année.

     Benoît XV, son sucesseur, fut élu le 3 Septembre 1914 et règna presque 8 ans. Ce fut le pape de la "Grande guerre"; il parlait de l'Europe telle "un champ de morts" et faisait du matérialisme la cause des affrontements. Il prônait une restauration des droits de dieu; il oubliait totalement les tortures et bûchers de l'Inquisition, les croisades et leurs cortèges de carnage, les pogroms anti-juifs, ordonnés par les anciens pontifes pour la plus grande gloire de l'Eglise romaine et de son dieu! Comment aurait-on pu croire Benoît XV lorsqu'il présentait cette Eglise "Mater et Magistra" comme le guide accompagnant l'homme durant toute sa vie personnelle et collective? En fait, la neutralité constante et revendiquée du Vatican fut stigmatisée par les deux camps opposés comme un manque de courage politique. Le pape se préoccupa uniquement du sort des blessés et prisonniers de guerre, et confia à E.Pacelli, le futur Pie XII, la direction du Service d'assistance pontificale, qui devint une sorte de "seconde Croix rouge". Mais dès Avril 1915, par les accords signés à Londres entre les cobelligérants alliés, l'Italie avait obtenu que le Vatican ne fut pas représenté dans les Instances internationales qui décideraient de la paix à la fin du conflit; malgré tout, la Conférence de la Paix à Versailles accepta, en 1919, la présence auprès d'elle de Mgr.Ceretti; le Vatican fut par contre tenu à l'écart de la nouvelle Société des Nations.

     Benoît XV précisa dans son allocution du 21 Novembre 1921 la ligne de conduite du Vatican dans les questions relatives à l'ancien empire austro-hongrois, et aux droits autrefois accordés à son Empereur dans la désignation des évêques. En ce qui concerne l'affaire du "non-expedit", l'élément positif consista dans l'acceptation de la formation du Parti Populaire Italien (P.P.I.) de Luigi Sturzo, ce qui supprimait les interdictions de vote faites auparavant aux catholiques italiens, qui, à vrai dire, n'en tenaient aucun compte. Une fois encore, le Vatican soulignait l'inefficacité de ses diktats politiques, et le triomphe des droits de l'homme et du citoyen sur les droits de dieu.
     Son intransigeance personnelle se manifesta particulièrement dans le domaine de l'exégèse biblique, et un décret d'Avril 1920 dénonça les opinions, pourtant très nuancées, du Sulpicien français J.Touzard à qui l'on reprochait son audace décapante dans sa critique de l'authenticité mosaïque du Pentateuque. Le Vatican ne connaissait pas encore l' " Histoire critique du Vieux Testament" de R.Simon publiée en 1678! Le Pape affirmait encore que l'inerrance de la Bible concernait non seulement les vérités religieuses mais aussi les faits profanes; l'homme n'était pas le produit d'une évolution universelle, apparu environ 3 millions et demi d'années auparavant; l'homme avait été créé par dieu 7 mille années seulement avant la mort du pontife.

     Vouloir passionnément confondre l'idée a priori de l'inerrance biblique, non prouvée et improuvable, avec une croyance religieuse, relève littéralement d'une sorte d'aliénation mentale. Faire de Moïse l'auteur de récits d'événements très postérieurs à sa mort, et d'écrits rédigés plusieurs siècles après sa disparition, prouve surabondamment que le Vatican enfermait dans ses murs, non seulement les corps des quatre Pontifes considérés, mais aussi bornait étroitement leurs esprits. La dépossession du pouvoir temporel provoquait chez ces pontifes des phénomènes de régression intellectuelle caractérisée.

2    L'Etat de la Cité du Vatican (1929)


        Pie XI ( 1922 - 1939 )
   Pie XI fut dans l'histoire de l'Eglise le pape qui règla la question romaine , par la signature en 1929 des accords du Latran. Il fut conduit pour celà à faire des concessions au gouvernement fasciste italien , notamment par la liquidation du PPI créé par L.Sturzo avec l'approbation de Benoit XV , et l'interdiction des syndicats catholiques italiens en 1924 contrairement à la lettre de l'encyclique Rerum Novarum de Léon XIII . Pie XI se félicita de la double restitution de l'Italie à dieu et de dieu à l'Italie . Toutefois , il ne put atteindre son objectif final de "christianiser" le fascisme . Pie XI raisonnait essentiellement comme Grégoire VII à la fin du XIème siècle .
   La situation de l'Etat de la Cité du Vatican devint très précaire avec la chute du fascisme et le remplacement du Royaume d'Italie par une République , en 1946 . Cette situation fut sauvée par l'influence de la Démocratie Chrétienne italienne au sein du Comité National de Libération , et les relations personnelles nouées entre Pie XII et Roosevelt par Myron Taylor .
Pie XI était finalement torturé , comme l'indique son visage , par son incapacité totale à sauver la paix du monde , par ses prières . Il connut en 1939 , après l' Anschluss , le même désespoir que Pie X en 1914, et Benoit XV à un moindre degré .Cette impuissance totale signalait la non-existence de son dieu.

 

     Achille Ratti fut élu pape le 6 Février 1922 sous le nom de Pie XI, au quatorzième tour de scrutin. En Italie, l'anarchie et la violence s'étaient intallées l'année précédente du fait de l'affaiblissement du parti socialiste par la scission des communistes. Les désillusions de la paix, l'agitation des anciens combattants conduisirent Mussolini à créer les "Faisceaux italiens de combat" dès le 23 Mars 1919. En 1921, il reprit à son compte les revendications sociales et se présenta en défenseur de l'ordre; le 27 Octobre 1922, il organisa la marche sur Rome de 40.000 "Chemises noires". Le roi Victor-Emmanuel III refusa de signer la loi martiale; le 30 Octobre, il demanda à Mussolini de former le gouvernement; le 16 Novembre 1922, la Chambre donna les pleins pouvoirs à Mussolini.

     C'est donc dans un contexte complètement nouveau que les deux anciens ennemis se trouvèrent, et se découvrirent unis par la même détestation de la démocratie. Après le discours d'orientation prononcé par le Duce le 3 Janvier 1925, des négociations s'engagèrent en 1926. Le discours de Mussolini avait été précédé en 1924 par l'élimination des syndicats catholiques, approuvée par le Vatican, à l'encontre des leçons de l'encyclique "Rerum novarum" de Léon XIII; cette élimination fut accompagnée de la dissolution du Parti Populaire Italien (P.P.I.), et de l'exil du père Luigi Sturzo, parti devenu la cible privilégiée des fascistes. Pie XI avait ainsi renoncé à poursuivre la politique défendue par Benoît XV.

     La hiérarchie ecclésiastique, comme la vieille classe dirigeante italienne, soutint dans le fascisme les groupes plus spécifiquement conservateurs, qui permirent entre 1923 et 1925 une réforme législative nettement favorable à l'Eglise. La religion romaine redevint progressivement la religion de l'Etat italien, et Mussolini fit réapparaître les symboles chrétiens dans les édifices publics, notamment les locaux de la Justice et les écoles. On s'achemina vers "une restauration politique" parachevée par les accords du Latran le 11 Février 1929, réalisés non pas en vue de la "fascisation" du catholicisme en Italie, mais pour la défense de l'ordre social existant et de la société capitaliste italienne. La signature officielle des Protocoles par Mussolini et le Cardinal Gasparri permit à Pie XI de célébrer la double restitution "de dieu à l'Italie, et de l'Italie à dieu" et de condamner à nouveau les gouvernements libéraux: " obéissants et soumis aux ennemis de l'Eglise". C'était en quelque sorte une "sacralisation" du fascisme et l'aveu d'une volonté de le soumettre à la puissance pontificale en restaurant un Etat catholique; tout comme Mussolini espérait "fasciser" l'Eglise et les organisations de l'Action catholique.

     Les accords du 11 Février 1929 comprenaient trois conventions:
          - Un traité à proprement parler qui créait l'Etat de la Cité du Vatican, et règlait définitivement la question romaine. Le pape renonçait à toute restauration des Etats pontificaux, et reconnaissait le Royaume d'Italie sous la dynastie de Savoie avec Rome pour capitale.
          - Un accord financier destiné à règler les relations entre l'Etat italien et le Vatican, à la suite notamment des événements de 1870.
          - Un Concordat faisant de la religion catholique romaine la religion officielle de l'Etat italien.

     Le Concordat attestait le caractère "sacré" de la Cité du Vatican, et instituait l'enseignement obligatoire de la religion catholique à tous les niveaux de la scolarité. L'Etat se réservait le contrôle des nominations d'évêques et de curés. L'Action Catholique italienne s'interdisait toute activité politique, et des dispositions étaient prises pour éviter la création nouvelle d'un parti populaire chrétien. En 1931, des accords complémentaires furent signés concernant l'Action catholique et son étroite subordination à la hiérarchie ecclésiastique. Mais, à la fin des années 30, Mussolini dut se résigner à ne plus pouvoir utiliser l'Eglise comme pilier de son régime, et à ne voir en Elle qu'une ennemie idéologique. Il usa de manoeuvres insidieuses d'intimidation, qui lui valurent en Janvier 1938 une menace d'excommunication du fascisme. En Juin, Juillet 1939 une nouvelle réforme des statuts de l'Action catholique lui donna en partie satisfaction.
     L'Etat du Vatican créé le 11 Février 1929 n'avait qu'un caractère instrumental de support du Saint-Siège; il manifestait,en droit international, la souveraineté du Siège dit apostolique et son indépendance par rapport à tout autre Etat. La constitution du Vatican fut promulguée par Pie XI le 7 Juin 1929. Le pontife romain, élu à vie, était le monarque absolu de l'Etat; durant l'inter-règne, le pouvoir monarchique devenait oligarchique puisqu'il passait au Collège des Cardinaux, dont la capacité de légiférer était restreinte aux cas d'urgence et à titre provisoire. L'Etat du Vatican était représenté, diplomatiquement, par la Secrétairerie d'Etat du Saint-Siège; il y avait donc entre les deux institutions une union réelle et personnelle puisque le pontife en était le seul maître.

     Certes, l'Etat du Vatican est minuscule, d'une superficie de 44 hectares, toutefois, s'ajoutent:
          - à Rome, des immeubles, propriété du Saint-Siège, exterritorialisés
          - les domaines de Castel Gandolfo, de Santa Maria di Galeria, et de Castel Romano,
          - et d'autre immeubles, non exterritorialisés, mais seulement exempts d'expropriation et d'imposition.

     Se pose évidemment la question de l'indépendance réelle de la Cité du Vatican à l'égard de l'Etat italien dont matériellement elle dépend pour tout; malgré son drapeau, internationalement reconnu, à deux bandes verticales jaune et blanche; aux couleurs du soleil, avec au milieu les clés de Saint Pierre entrecroisées surmontées de la tiare. En fait, l'Etat du Vatican a été constitué dès l'origine comme un territoire neutre et inviolable "étranger aux compétitions temporelles entre les autres Etats... ". Mais la souveraineté appartient au Saint-Siège; c'est auprès du Saint-Siège et non auprès du Vatican qu'ont été officiellement accrédités les diplomates des pays étrangers. La spécificité de cet Etat porteur d'une souveraineté particulière fit l'objet d'une longue explication de Pie XI en 1929 :
                   "Une certaine souveraineté territoriale est une condition universellement reconnue comme indispensable à toute vraie souveraineté juridictionnelle".

     Plus tard, dans un discours du 10 Décembre 1974, Mgr.Casarolli concèdera que cette assise territoriale constituait: "une condition psychologique plus que juridique". Léon XIII avait montré tout au long de son pontificat que l'Eglise, sans support territorial, pouvait exercer une autorité non discutée et influencer le cours des événements politiques; le Siège apostolique pouvait se manifester souverainement sans être obligé de possèder, de facto, un territoire. Mais, Achille Ratti raisonnait comme Enéa Piccolomini (Pie II) au XVème siècle, c'est-à-dire par référence à un passé moyenâgeux, sans omettre sa profonde admiration pour Ambroise, évêque de Milan, capitale de l'Empire romain d'Occident, qui du très lointain IVème siècle lui insufflait son obsessionnelle volonté de puissance et son besoin de commander à tous et à tout.


     Comment fut gouvernée la Cité du Vatican à partir de 1929? La loi fondamentale du 7 Juin 1929 prévoyait que le Souverain pontife pouvait déléguer l'exercice du gouvernement effectif à un "Gouverneur Général". Ce dernier était chargé de l'exécutif et d'une partie du législatif, il était nommé et éventuellement révoqué par le pape; il était personnellement, directement et exclusivement responsable devant ce dernier.Ce poste n'a eu qu'un seul titulaire de 1929 à 1952; il fut alors supplanté par une Commission pontificale de trois cardinaux, instituée par Pie XII; elle présidait en son nom et à sa place le gouvernement de l'Etat du Vatican. La loi avait aussi prévu un poste de "Conseiller Général" de l'Etat du Vatican, chargé de donner son avis sur toutes les questions déférées à lui par le pape. Ce poste connut deux titulaires :

          - De 1929 à 1935 , le Marquis F.Pacelli, frère du Secrétaire d'Etat, le Cardinal Pacelli, f'utur Pie XII,
          - De 1938 à 1969, le neveu de Pie XII, le Prince C.Pacelli.

On sourit de voir avec quelle facilité l'Etat pontifical, même réduit au minuscule Vatican, redécouvrit les antiques ornières du népotisme!

     Le gouvernement de la Cité du Vatican s'organisa de manière assez différente après la deuxième guerre mondiale. Toutefois, il ne s'occupa que des problèmes internes. Les intérêts de l'Etat du Vatican à l'échelon international ont toujours été représentés et défendus par le Saint-Siège. L'Etat de la Cité du Vatican n'a été créé que pour donner un territoire à la papauté. Cette localisation, reconnue par plusieurs Etats, renforçait aux yeux de Pie XI l'indépendance du gouvernement de l'Eglise et la puissance de celui-ci. La Cité du Vatican n'existait que pour assurer au Saint-Siège une indépendance absolue et visible, pour lui garantir une souveraineté indiscutable dans le domaine international. Le Saint-Siège exerçait ainsi sur l'Etat de la Cité du Vatican une propriété pleine, exclusive et absolue,qui lui conférait une personnalité juridique internationale, nécessaire à l'exercice d' une "primauté spirituelle universelle'', en tant qu'Institution suprême de l'Eglise catholique. Peu importait que l'on distinguât,en droit pur, deux personnalités internationales. En fait, il existait entre l'Etat du Vatican et le Saint-Siège
une union spécifique puisque l'un et l'autre étaient dirigés par une seule et même personne, le pape, souverain élu par ses pairs, primus inter pares.

     Le Saint-Siège constituait un gouvernement totalitaire et sans aucun contrôle, rassemblant entre ses mains toutes les prérogatives étatiques, sauf celle de la Défense, puisque le Siège pontifical affichait sa totale neutralité à l'égard des autres Etats "Il (le Saint-Siège) veut rester étranger aux compétitions temporelles entre les autres Etats..... etc... à moins que l'on ne fasse appel à sa mission de paix" ( ?).
     Le Saint-Siège possèdait à la fois le pouvoir législatif, exécutif', et judiciaire sur l'Eglise toute entière; il détenait ces pouvoirs de lui-même, et renouvelait les membres de ses services par cooptations internes, suivant les opportunités.

     On aurait pu escompter que les accords du Latran auraient conduit le pape et son administration à une certaine humilité, compte tenu de la fragilité manifeste de leur Institution. Ils les ont au contraire amenés à considérer les événements comme une revanche sur les " impies", et à proclamer leur "sainteté", assurés, disaient-ils, de l'origine "divine" de leur Eglise. L'Eglise constitue une réalité sociologique rassemblant la totalité des fidèles répartis en divers Etats du monde. Il est peu compréhensible à la raison humaine, qu'au bout de 20 siècles, si le dieu des chrétiens est bien le dieu unique descendu sur terre pour le salut de tous les hommes, il est peu compréhensible que les 5/6èmes de la population terrestre ne soient pas encore chrétiens. Combien de temps faudra-t-il encore à ce dieu tout- puissant pour convertir à son salut une humanité qui ne fait que croitre?.

     Cette "sainteté" doit être jugée pour ce qu'elle est, une prétention sans fondement, même si répétée depuis plus de 15 siècles. En effet, l'Eglise n'a été créée que par un homme. L'Histoire a enregistré trois christs : Constantin, Licinius, et le Christ des évangiles. L'évangile dit de Matthieu (XVI - 13, 19) nous renseigne précisément sur la "christianisation" de Jésus par Pierre, à Césarée de Philippe, autre nom de la ville de Panion (ou Panée ou Panias) au nord de la Galilée près des sources du Jourdain, emplacement d'un temple de Pan, pasteur universel, symbole de la royauté; un roi étant reconnu dans l'Antiquité comme le berger de son peuple; ce temple était la destination de fréquents pélerinages. C'est en ce lieu très représentatif que Pierre donne à Jésus pour la première fois le titre de christ, c'est-à-dire roi, prince ou empereur, oint de Dieu, puisque tout roi pour les Anciens, jusqu'à la Révolution Française, était considéré comme dieu et homme unissant en une seule personne, du fait de sa charge, une nature divine et une nature humaine. Le Concile de Chalcédoine en 451 n' a fait que "christianiser" les
considérations théologiques duelles de l' "Hermès Trismégiste" (1). C'est donc en tant que roi, fils d' un dieu vivant, que Jésus s'adresse à Pierre :
                              "Tu es pierre et sur ce roc je bâtirai mon Eglise"
     L'établissement de cette Eglise future est renvoyé dans un avenir indéterminé ce qui nous conduit aux constatations suivantes :
          - d'une part, jusqu'à ce jour, Jésus ne s'était jamais préoccupé de bâtir une Eglise
          - d'autre part, sachant en tant que dieu "omniscient et prescient" que sa vie terrestre allait bientôt se terminer, il aurait dû dès ce moment se hâter de construire une Institution religieuse, chargée d'établir le culte de sa personne et de le propager jusqu'aux "limites de la Terre"; entendons par là les limites de l'Empire romain. Pour ce faire, il eut été nécessaire d'enseigner une doctrine précise explicitant le culte de sa personne, de former le personnel requis, et d'édifier un ou plusieurs temples pour rassembler les premiers fidèles. C'est ce que le Jésus des évangiles, même désigné comme christ fils du dieu vivant,n'a jamais réalisé.

     On notera que l'évangile dit de Matthieu est le seul à parler de l'institution d'une future Eglise; ni l'évangile dit de Marc (VIII - 29), ni celui dit de Luc (IX - 20) ne contient une telle allusion. Dans l'évangile dit de Jean (VII - 40, 42) la foule rassemblée autour de Jésus se montre incertaine à son sujet:

          "Est-ce bien de Galilée que le Christ doit venir? L'Ecriture n'a-t-elle pas dit que c'est de la descendance de David et de Bethléem que doit venir le Christ?"

Ces hésitations suscitent les remarques suivantes :
          - Malgré la renommée de Jésus, la foule ignorait totalement qu'il était né à Bethléem.
          - D'autre part, Matthieu et Luc ont fait naitre Jésus à Bethléem, pour, suivant la formule, accomplir l'Ecriture et non par respect d'une situation vraie..

     Dire que le Jésus-Christ des évangiles ne s'est jamais préoccupé d'institutionaliser le culte de sa personne apparait, en quelque sorte, comme une lapalissade.

     L'Histoire nous ramène ainsi aux deux autres christs, les deux rivaux : Constantin, Empereur d'Occident, et Licinius, Empereur d'Orient. Chacun d'eux se proclamait par ses bannières et oriflammes, christos, le béni d' un dieu. Licinius fut vaincu en 324 et assassiné en 325. Dieu avait jugé et proclamé Constantin son seul fils. C'est après la mort de Licinius, que, à Nicée en 325, Constantin organisa son Eglise, définit sa doctrine, et construisit des basiliques, des maisons de l'Empereur, pour propager le culte de sa personne à double nature humano-divine. Les chrétiens, favorisés par Constantin compte tenu de leur importance sociologique, l'assimilèrent à leur Sauveur et considérèrent son règne comme l'avènement du Royaume des cieux sur terre. La doctrine politico-religieuse de Constantin contenait cette disposition révolutionnaire selon laquelle il n'était pas seulement fils d'un dieu vivant, mais fils du Dieu unique.

     Le christianisme naquit comme le culte de l'Empereur, la religion du pouvoir sacralisé : Omnis potestas a deo. Après sa mort, Constantin sera hypostasié en "Empereur céleste et Seigneur de Majesté". Son culte apparait aujourd'hui totalement idolâtrique et son enfant, très éloigné, le Siège pontifical, semble d'une irréelle immodestie en se proclamant "saint". Cette "sainteté" illusoire veut cacher des épisodes sordides de son existence et un persistant appétit de puissance, qui corrompt tout,a dit le philosophe Alain.

En définitive, Constantin a créé l'Eglise annoncée par Jésus dans l'évangile matthéen, ce qui montre également, que ce passage de l'Ecriture est une interpolation justificative.

     Du fait d'un auto-contrôle qui tourne aisément à des guérillas intestines entre chefs de services, la papauté constitue, plus que toute autre administration dans un Etat démocratique, un chaudron où se cultivent les compromissions les plus "religieuses" ad majorem dei gloriam. Mais, de nos jours, ni l'or et blanc pontifical, ni le rouge cardinalice,. ni le violet épiscopal, ni le gris presbytéral, n'arrivent à cacher l'inanité intrinsèque de l'Institution qui n'existe que par l'acquiescement d'autres Etats. Pour reprendre une expression d'H. Gheon, disons que l'Empereur-Pape est nu; ses ardentes prières pour la paix n'ont pu protèger les peuples des ravages de la deuxième guerre mondiale; le sentiment de son impuissance emporta Pie XI en 1939,comme Pie X en 1914.

     Les hommes d'Etat sont,comme les autres hommes, des sujets superstitieux. Les désastres impensables de la guerre de 14 - 18, les millions de victimes sacrifiées à la vanité de quelques individus ont ravivé les peurs ancestrales et le besoin de sécurité éprouvés par de nombreuses populations en Europe occidentale; d'où un "retour du religieux" dénoncé par A.Loisy en 1917. Les hommes d'Etat en régime démocratique sont particulièrement sensibles au poids des opinions publiques, et ne peuvent se permettre d'aller à l'encontre des sentiments ressentis par une partie relativement importante de leur électorat. Très vraisemblablement, ce "retour du religieux" a joué un rôle déterminant dans la "conciliation" réussie par les accords du Latran, et l'acquiescement de nombreux pays à la nouvelle situation diplomatique. En outre, dans un contexte d'après-guerre très complexe, le conservatisme passif des administrations étatiques a conduit les gouvernements respectifs à renouveler, sans grand-peine et peut-être même avec satisfaction, des relations avec le Siège pontifical auxquelles ils étaient habitués depuis plus d'un millénaire. Celà semble suffisant pour supporter les prétentions réaffirmées de cette Eglise à la primauté spirituelle universelle, et, en outre, à se présenter comme la meilleure garantie des droits de la personne, alors qu'elle ne conçoit l'individu humain qu'en fidèle obéissant à ses commandements, infantilisé par cette Mère Maitresse : Ecclesia mater et magistra..

     Sans doute aussi, les Etats même laïcs qui acceptèrent la création de l'Etat de la Cité du Vatican agirent-ils par intérêt direct de gouvernements en quête perpétuelle de l'obéissance de leurs citoyens, obéissance que le culte de la religion romaine devait favoriser puisque cette religion incarne l'adoration du Pouvoir. A preuve, le "Second Ralliement" que l'on constata en France avec l'avènement de Pie XI. Certes, aucun Concordat ne fut signé, mais les relations diplomatiques furent reprises et permirent un bon fonctionnement de la Séparation par application des accords Brilland-Ceretti conclus sous Benoit XV. Plus même, l'Action française fut condamnée le 20 Décembre 1926. Il est vrai, cette condamnation avait été envisagée déjà par Pie X, comme une compensation à celle du 25 Aout 1910 du "Sillon" de Marc Sangnier, mouvement catholico-social, auquel on reprochait de vouloir échapper à l'autorité ecclésiastique par démocratisme. Pie XI, cependant, resta très méfiant à l'égard des gouvernements de Front Populaire, qui réagirent mal à sa politique espagnole. Le Parlement français, toutefois, lui rendit hommage à son décès le 10 Février 1939. il saluait principalement l'homme qui voulait la paix et priait pour elle, sérieusement menacée en Europe depuis l'Anschluss d'Hitler en 1938.

     Des observateurs vigilants avaient découvert en Pie XI une véritable phobie du communisme, qui le conduisit à s'opposer vivement à la politique anti-cléricale du Mexique par trois encycliques, de 1926 à 1937; il croyait déceler en elle une forte influence sovieto-marxiste. Son anti-bolchevisme se manifesta dès le début de 1930 pour aboutir à une condamnation solennelle par l'encyclique "Divini Redemptoris" de 1937. Le pape montra également son hostilité à la République espagnole en 1936; il lui fallut cependant deux ans avant de soutenir Franco en 1938, bien que allié de Hitler. C'est le 14 Mars 1937 qu'il publia en allemand l'encyclique contre le régime hitlérien; durant l'été 1938, il prononça trois discours contre l'étatisme mussolinien pour défendre l'Action catholique italienne, dont les Autorités fascistes se plaignaient beaucoup voyant en elle l'amorce d'une opposition à leur régime. Pie XI prononça le 6 Septembre 1938 un discours contre le racisme et eut cette phrase célèbre :
              "Nous sommes spirituellement des Sémites"

     Cette phrase, détournée de son sens d'origine, devait servir après la deuxième guerre mondiale aux tenants du judéo-christianisme pour justifier leur postulat quant à une origine juive de la religion chrétienne.

     Deux éléments importants de ce pontificat doivent, finalement,retenir l'attention :

           - Il y eut d'abord l'encyclique "Quadragesimo anno" du 15 Mai 1931; celle-ci, dans la lignée de "Rerum Novarum" voulait fixer un nouvel ordre social, reposant sur une organisation d'ordre professionnel, que devait esquisser en France le régime de Vichy. Toutefois, lorsque le pape s'adressait en 1929 à des ouvriers français chrétiens pour soutenir leur lutte contre des patrons chrétiens, pouvait-on oublier son attitude de 1924 à l'encontre des syndicats catholiques italiens? -

          - Il y eut surtout le développement international de l'Action catholique, vaste entreprise de rechristianisation des divers milieux sociologiques par ces milieux eux-mêmes : les ouvriers par les ouvriers, les agriculteurs par les agriculteurs etc..Les efforts déployés furent pratiquement annihilés par la guerre mondiale de 1939 - 1945. Qui se rappelle en France des manifestations de la J.O.C.? ou de la J.A.C.? Celle-ci devait après- guerre materner la création des syndicats agricoles productivistes et alimenter un lobby demandeur perpétuel de subventions et d'aides publiques..

     Certes, le pontificat de Pie XI marqua son époque et la personnalité de cet alpiniste passionné ne fut pas étrangère à sa renommée. Il faut, cependant, prendre ses discours les plus importants pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire des paroles de circonstance. A la réflexion, qui pouvait croire à l'anti-racisme du Pape, alors qu'il dirigeait une Institution intrinsèquement raciste et sectaire du fait de ses prétentions :
           - à constituer la seule religion vraie adorant l'unique vrai dieu
           - à la primauté spirituelle universelle
rejetant ainsi les Juifs, Musulmans, Hindouistes et autres, dans une erreur fondamentale, sauf à se convertir au catholicisme, et abandonner leur spécificité d'hommes issus de milieux géo-historiques déterminés.

     Pour le pape Pie XI, une seule race d'hommes comptait : celle des chrétiens, ses fidèles, répartis dans un certain nombre de pays dans le monde. Son anti-racisme était une défense de son Institution et de ses membres; il s'exprimait dans un langage emprunté à l'opinion universelle, mais c'était un double langage biaisé par les déceptions politiques causées par l'évolution de l'Allemagne malgré le Concordat du 20 Juillet 1933, et de l'Italie mussolinienne malgré le Concordat du Latran.
     Durant le Moyen-Age, la Papauté-Etat défendait ses intérêts par l'écriture et recourait en cas de besoin à la fabrication de faux. A l'époque contemporaine elle rédige encycliques et discours en employant un langage sous-tendu par une volonté de puissance "divine". La recherche du règne universel de l'Eglise sur les consciences, et, par là, sur la conduite des hommes transforme les chrétiens en individus possèdant, en quelque sorte, deux nationalités, celle de leur pays d'origine
et celle de la papauté. Le cas échéant, ils obéiraient à cette dernière à l'encontre des législations de leurs propres pays.
      Le recours à des discours de paix et d'amour est l'habillage habituel d'une volonté de tout dominer, qui s'exprime par l'antique discours d'Augustin auV ème siècle :
                                        "Force-les à entrer"



 

( 1 ) " Dictionnaire historique de la papauté " sous la direction de P Levillain - Concile Vatican I - page 431 - Fayard

(2) "La Révélation d'Hermès Trismégiste" - Traduction A.J.FESTUGIERE 4 Tomes -Editeur Les Belles Lettres Paris 1989-
Tome I - pages 324 et suivantes .


 


APRES LES ACCORDS DE LATRAN (SUITE)

 

 

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