Le Constantin de l'eglise St. Hilaire à Melle(Deux-Sevres)

.Les Chrétiens, originellement insoumis, se muaient en troupes dont l'obéissance absolue à Constantin constituait l'essentiel de leur religion, malgré les crimes commis par ce dernier, dont on ne sait pas avec certitude si, à sa mort en 337, il avait été baptisé. Eusèbe de Césarée, par sa " Vie de Constantin " contribua beaucoup à la déification de celui-ci qui jusqu'à la fin de la période romane du Moyen Age (12ème siècle) fut honoré par les fidèles comme le fondateur de l'Eglise catholique.
De nombreuses églises romanes, en Poitou Charente Alpes de Provence etc ..., portent au-dessus de leurs porches, par où les foules circulaient, d'imposantes statues équestres appelées des " Constantin ", auxquelles Emile Male a consacré dans son " Art religieux du 12ème siècle en France ", des pages d'une érudition émue.


 

              QUESTIONS DE CHRONOLOGIE CHRETIENNE

      I      BREVE HISTOIRE DES ORIGINES DE LA RELIGION CHRETIENNE


      I   Brève histoire des origines de la religion chrétienne
     II  La question de Pâques
     III  L'invention de l'ère chrétienne
     IV   L'erreur du judéo-christianisme
 

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La bombe de l'Apocalypse ( S DALI )

 

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SOMMAIRE
A) PREAMBULE
B) UNE PREHISTOIRE CHRETIENNE
C) UNE PROTOHISTOIRE CHRETIENNE
D) AVENEMENT HISTORIQUE DU CHRISTIANISME

 


            A                  P R E A M B U L E


    Si la religion chrétienne était, comme on le dit faussement, une religion d'origine juive, la datation de la fête de Pâques n'aurait jamais posé de problème. Il existe certes plusieurs sortes de judaïsme : on vient de publier récemment un livre intitulé simplement " Les Judaïsmes ". Mais tous les Juifs , où soient-ils, et quelles que soient leurs opinions religieuses personnelles célèbrent le 15 Nisan la fête nationale de Pâque, date mythique de leur sortie d'Egypte et de leur accession à une identité de peuple-Etat, qui se précisera progressivement.
     L'affirmation fausse d'un judéo-christianisme antique, cherchant à transformer tout Chrétien en Juif et tout Juif en Chrétien, tend en fait de nos jours à dissimuler l'opportunisme de certaines situations personnelles, l'antijudaïsme foncier et la participation de l'Eglise romaine au drame monstrueux de la Shoah, en lui donnant l'éventualité de s'approprier le martyre collectif des Juifs par l'installation d'un Carmel, croix pontificales etc ... à Auschwitz.
      Le terme de Judéo-christianisme a été introduit dans la langue française par Littré en 1867.

     La religion chrétienne n'a pas d'origine juive, même si des pré-chrétiens ont procédé, à partir de l'entrée de l'administration romaine à Alexandrie , en 30 avant notre ère, à une lente découverte de la Loi judéo-alexandrine dite la "Septante". Déclarer au surplus que la religion chrétienne résulte d'une " révélation divine ", illustre une croyance individuelle et collective, mais n'établit aucune vérité historique, et nie de surcroît la maturation séculaire qui aboutira au IVème siècle de notre ère à la création d'une religion d'Etat par Constantin pour favoriser l'unification de l'empire Romain.
     Pour comprendre comment les questions de chronologie chrétienne se sont posées, il convient assurément de tracer d'abord à grands traits l'histoire des origines de la religion chrétienne, que nous pouvons décomposer en trois grandes périodes

              B               UNE PREHISTOIRE CHRETIENNE

     Cette période va du lendemain de la défaite de Spartacus (-71) à environ 150 de notre ère. Les premières victoires de Spartacus, successivement sur cinq armées romaines , avaient eu le temps de se répercuter jusqu'aux limites de l' Empire . L'écrasement final stupéfia les esclaves, leur ôtant tout espoir individuel et collectif de retrouver une condition d'être humain. Ils redevinrent de simples outils de production, sans nom, sans droit, sans soins, sans religion personnelle, sans sépulture convenable assurant à leurs dépouilles un abri propice à la commémoration de leur existence terrestre. Mais pour accepter de vivre, il faut au moins un espoir. La déréliction totale de la condition servile provoqua avec une haine absolue des propriétaires romains le développement du banditisme qui devint sous l'Empire une sorte de contre-pouvoir, aux dires d'Apulée dans ses " Métamorphoses ". Surtout, les imaginaires brutalisés créèrent les types les plus divers de Sauveurs, les illusions eschatologiques les plus vives de victoire finale sur les oppresseurs, de "Jugement dernier " donnant à chacun la fin méritée. La perspective de ces lendemains imaginés glorieux était d'autant plus spontanée que Spartacus, de son vivant, avait fait l'objet d'un culte personnel authentique, qu'il avait disparu du champ de bataille et que chacun pouvait escompter son retour pour apporter un jour à son peuple une liberté totale.
     Cet ébranlement psycho-sociologique fut de première grandeur, parce que Rome pendant 2 ans avait été directement menacée par les rebelles; la révolte dura assez longtemps pour que la totalité des esclaves ait pu en être informée. Enfin, la barbarie inouïe de la répression ajouta l'amertume la plus noire au désespoir le plus inhumain.
     Les esclaves formés aux lettres dans les paedagogia d'Octave, et envoyés à Alexandrie (à partir de -30) comme "employés aux écritures " de l'Administration octavienne participaient certainement à ce climat eschatologique de revanche. Ils découvrirent en lisant la Septante gréco-alexandrine que d'autres avant eux avaient connu une oppression aussi lourde et des sentiments analogues. La Septante leur semblait raconter leur propre histoire sous d'autres noms et d'autres appellations jusqu'au salut promis par un Dieu innomé. La religion a toujours été primordialement le langage inventé par des hommes pour effacer leurs peurs, leur désespoir, leurs difficultés de vie; elle incarne les phénomènes inconscients de compensation aux angoisses vitales dues à l'environnement naturel ou économico-politique, ou culturel.  Il se développa chez ces esclaves lettrés une affection pour ce livre qui décrivait si bien leurs états d'âme. Ils en parlèrent autour d'eux, expédièrent occasionellement des copies à Rome, traduisirent en latin quelques pages saisissantes; bref, le Livre devint au bout de plusieurs dizaines d'années un témoin d'identité et un lien entre les diverses collectivités serviles, qui cultivèrent, chacune de son côté, l'image d'un Sauveur inconnu diffusée par des adeptes illuminés, animés par une croyance plus vive que l'on appelait des " prophètes ".
     Mais de ce magma anarchique deux faits importants devaient surgir et s'imposer :
          - D'une part, le Sauveur dont les prophètes parlaient était une personne caractérisée par une éternelle présence; on ne pouvait l'imaginer mort et encore moins torturé sur une croix; c'était le résultat maintenant bien connu d'une oralité triomphante analysée par W.Kelber dans son livre " Tradition orale et Ecriture ". Vraisemblablement, quelques notes aussi ont été écrites, ici ou là , pour résumer une intervention particulièrement frappante d'un prophète décrivant par exemple des miracles du Sauveur , présent et agissant.
          - D'autre part, parmi ces " prophètes ", une figure exceptionnelle se distingua du nom ( ou sobriquet ) de Chrestus, dont se réclamaient les esclaves cités par Suetone, provocateurs et agitateurs occasionnels à Rome, sous le principat de Claude (41 -54). Comme on comptait parmi eux un nombre important d'esclaves d'origine juive, Claude expulsa les Juifs hors de la ville. De plus en plus d'esclaves se déclarèrent des fidèles de Chrestus comme de plus en plus nombreux se lièrent d'affection pour le Livre qui en décrivant parfaitement leur situation précisait leur identité de personnes humiliées et leur faim de revanche.

                    Cette conjonction se conclut d'une double manière:
          - Les affidés de Chrestus devinrent communément les Chrétiens. Cette appellation caractérisait sous Trajan (98 -117) toute personne opposée à l'ordre Romain; elle désignait un séditieux passible de la peine de mort, si l'individu interpellé se reconnaissait comme Chrétien.
         - Les esclaves n'étaient pas les seuls à être opposés à Rome, il existait des citoyens de villes ou pays envahis par les armées romaines, décidés à manifester leur hostilité et qui devinrent de nouveaux Chrétiens. Parmi eux de véritables savants, tel Marcion de Sinope sur la Mer Noire , cherchaient à préciser ce que l'on pourrait appeler une nouvelle théologie du Salut, par opposition au polythéisme romain. Marcion , quant à lui, vint à Rome en 139 pour proposer sa doctrine à la plus importante communauté chrétienne. Les discussions durèrent environ 5 ans, à l'occasion desquelles Marcion démontra à ses auditeurs que leur Sauveur existait hic et nunc, qu'il était éternellement présent et n'avait rien de commun avec les personnages dont la Septante racontait l'histoire. Il les exhorta à abandonner ce Livre dont ils affectionnaient la lecture. Ses jugements tenaient à ses origines familiales; il ne pouvait comprendre , lui, héritier d'une riche famille, l'attachement si profond d'esclaves à cette lecture. Il fut finalement rejeté par la communauté romaine vers 144; la Septante fut définitivement acceptée, elle devint le premier livre chrétien par référence auquel tout évangile a été écrit

     La préhistoire chrétienne se termine sur cette appropriation définitive, facilitée par la disparition en 135 de tout Etat juif après l'échec de la révolte de Bar Kochba , Jérusalem s'appela désormais Aélia Capitolina; les rabbis judéens de Palestine pour leur part abandonnèrent cette écriture grecque alexandrine, qui pour eux n'avait jamais fait partie de leurs Livres Sacrés.


      .

           C               UNE PROTO-HISTOIRE CHRETIENNE

     Cette période s'étend de 150, environ, de notre ère au triomphe de Constantin du 28 Octobre 312. Ce fut une époque de bouillonnement intellectuel, mais la caractéristique essentielle resta l'organisation hiérarchique des Collegia chrétiens à partir de 212; c'est par ce premier point que nous commencerons cette enquête.

     Il existait primitivement au bénéfice des citoyens de Rome une législation leur permettant de se regrouper en associations de toutes sortes pour développer entre eux, par la mutualité et la solidarité, leur concitoyenneté. Cette législation fut, au premier siècle de l' Empire , étendue à toute l'Italie; puis Septime Sévère (193 -211) l'instaura dans toutes les provinces impériales. La révolution en ce domaine vint d'un décret pris en 212 par Caracalla, fils de Septime Sévère; il accorda la citoyenneté romaine à tous les hommes libres vivant dans l'Empire. Tous les hommes libres "chrétiens ", d'où qu'ils soient, des humiliores essentiellement, purent donc se retrouver dans des Collegia organisant entre eux et leurs esclaves une mutualité générale permettant aux pauvres de recevoir, avec les aides matérielles dont ils avaient besoin, l'assurance d'une sépulture convenable dans des catacombes ou autres lieux appropriés acquis par leurs associations. Les riches en contrepartie obtenaient un pardon plus facile pour leurs fautes.
     Les réunions des affidés chrétiens durent se structurer et, pour être tolérées par les autorités impériales, perdre également toute allure insurrectionnelle. Peu à peu, ces assemblées se transformèrent en pratique d'un culte privé autorisé (ce fut la période dite de " petite paix " de 212 à 250 ) à une double condition:
          - La première:
     Chaque collegium devait élire un épiscopus, responsable sur sa tête de la discipline du groupe; cet épiscopus, ou évêque, fit le lien entre son association et l'administration impériale; de ce fait, il ne fut jamais un esclave, rarement un riche affranchi, pratiquement toujours un honestior; il fallait parler le même langage que les Administrations.
          - La seconde :
     Chaque réunion de Collegium devait se terminer par une prière pour la prospérité de l'Empire et la bonne santé del'Empereur.

     Cette véritable intégration dans la vie quotidienne de l'Empire résista à toutes les tempêtes créées par ce qu'il est convenu d'appeler les " grandes persécutions " ( celle de Dèce en 250, de Valérien en 257, de Dioclétien en 303 ); si bien que les Collegia chrétiens, nombreux dans les grandes cités de l'empire , Rome, Carthage, Alexandrie, Antioche , formèrent une sorte de parti monolithique et hiérarchisé, seul de son espèce, sans aucune concurrence de cette nature dans les religions dites païennes
.    A la fin, vers 312, il se présenta au regard de Constantin, victorieux de Maxence, mais hanté par la réalisation de l'unité de l'Empire, comme le seul moyen de la cimenter; il fit de la religion chrétienne, qui se transforma peu à peu en christianisme, son administration religieuse, et de chaque évêque un agent de cette unification.
     Ce fut certainement l'événement socio-politique le plus important des origines chrétiennes, conséquence d'une sorte de " trahison des clercs ", des " lettrés " chrétiens issus des paedagogia de l'Administration de l'Empire; pour garantir leur vie , et les avantages de leur statut obtenus au bout de trois siècles de labeur, ils préférèrent pactiser avec un Empereur romain, leur antique ennemi, lui apporter l'appui efficace de leurs organisations contre la cessation définitive des persécutions, une introduction parmi les religions officielles, puis bientôt la reconnaissance de leur culte comme seule religion d'Etat. La persécution de Dioclétien les avait trop profondément traumatisés.
     Mais la période que nous analysons réserve encore bien d'autres traits saisissants. Les traductions latines de la Septante se multiplièrent; les veteres latinae garnirent les rayons des bibliothèques des communautés, l'amour du texte grandit; l'appropriation se fit décisive; les Chrétiens finirent par se croire les nouveaux Juifs, les véritables destinataires des messages divins aussi sacrés pour eux qu'ils l'avaient été pour les Judéo-Alexandrins d'autrefois. Leur Sauveur devint celui qui était annoncé par le Livre.

     Il y eut donc une inversion de leur croyance. Le Sauveur n'était plus celui dont on parlait avec les " prophètes "; le Sauveur accomplissait désormais les Ecritures. La Foi n'était plus croyance dans des paroles; la Foi se mua en croyance dans des livres, comme en témoigne nettement, dans ses ouvrages après 250, Cyprien, Pape de Carthage. L'oralité, autrefois triomphante, partage d'émotions et d'images provoquées par les dires et les gestes des "prophètes" leurs mises en scène leurs mimes et leurs chants, se transforma en lecture de livres sacrés par dessus les têtes de foules illettrées, lecture accompagnée de commentaires de l'évêque. De la participation active, on passait à la caporalisation des fidèles, conséquence immédiate de l'organisation des Collegia hiérarchisés.

      L'évocation de ces assemblées obéissantes nous conduit à préciser les points suivants:
          - Dans le climat d'anarchie de cette période, ( en 50 ans, de 235 à 284, vingt empereurs se succédèrent ) la croyance chrétienne s'affirme comme une eschatologie, l'espérance d'une prochaine fin du Monde, l'espoir très vif du Jugement dernier. Cyprien va au-devant du martyre le 14 Septembre 258 pour obliger en quelque sorte son Dieu à se manifester sur Terre afin de venger les siens, morts torturés par l'ennemi; ces martyrs sont sous les autels et crient: " Quand viendras-tu ? " Cyprien leur recommande une provisoire patience.
          - Ce climat très pessimiste s'accompagne d'un affrontement des communautés entre elles, à propos de tel rite, de tel sacrement ou de telle croyance particulière. Cyprien s'oppose violemment par écrit à l'évêque de Rome, Etienne, à propos de la question du double baptême après les schismes consécutifs à chaque persécution; les deux évêques vont jusqu'à s'excommunier mutuellement.
                    Il n'y avait pas une Eglise, mais des Collegia doctrinalement concurrents , et dont les excès en paroles se transformèrent souvent en rixes intercommunautaires , quelques fois meurtrières .Il suffit d' évoquer les troubles graves causés par l' arianisme à partir d' Alexandrie dès la fin du 3ème siècle pour comprendre la volonté de Dioclétien , en 303 , de rétablir l' ordre public menaçé dans les principales villes par les rivalités inter-chrétiennes ; sans omettre les révoltes de quelques soldats refusant de porter les armes au nom de leur dieu . Déjà Celse , vers 180 , avait stigmatisé ces luttes fratricides haineuses et sanglantes , au nom de dieu , c' est à dire au nom des " écritures ".
          - La volonté de puissance de chaque évêque s'exprime aussi par l'exclusion des hérétiques. Qui détient la vérité ? Celui qui pourra le plus fréquemment se référer à la Septante, dont il donnera l'interprétation la plus percutante; l'allégorie triomphe. Depuis Irénée, tout au début du 3ème siècle, la chasse à l'hérésie devient une préoccupation majeure, dont les gnostiques alexandrins et autres fourniront les victimes les plus connues, après Marcion, Montan etc.. Finalement la loi du nombre et la notoriété de la Capitale joueront en faveur de la communauté romaine qui imposera sa doctrine comme l'orthodoxie.

     La doctrine religieuse chrétienne de cette période reste souvent difficile à saisir. Les aspérités bourrues d'une personne comme Tertullien ne sont pas de nature à nous en faciliter la compréhension. Au milieu du 3ème siècle, Cyprien écrira à son ami Donat pour l'inciter à partager sa nouvelle croyance religieuse , mais ne parlera pas une seule fois du Christ. Avant lui, Minucius Felix, dans son Octavius , voulant faire l'apologie de sa religion chrétienne, n'avait évoqué ni le Christ, ni la Septante, ni les Evangiles, ni les Apôtres, selon l'analyse de Gaston Boissier dans son livre sur " La fin du paganisme ". Vers 242 , le " De pascha computus "écrit dans une communauté d' Afrique du Nord assimilait Jésus aux luminaires placés dans le firmament par dieu , au quatrième jour de la création .

Les divers Collegia partageaient , donc , essentiellement , outre leur Foi de nature eschatologique , un ensemble de gestes rituels , souvent élaborés à partir des cultes " paiens " , qui caractérisaient leur identité chrétienne . La lecture de la Septante constituait le ciment de cette dernière , mais les Collegia ne possédaient pas tous la même version , et beaucoup d' entre eux y ajoutaient la lecture d' autres livres, d' origines variées , que l' on classera plus tard en ouvrages " apocryphes " , s' ils n' étaient pas retenus dans le futur " Nouveau testament " .  

      D                L'AVENEMENT HISTORIQUE DU CHRISTIANISME

     Le chrisme aurait été inventé par Constantin à l'occasion de la bataille du pont Milvius; il aurait raconté plus tard à son entourage, dont Eusèbe de Césarée, que ce sigle lui était apparu en rêve durant son sommeil comme devant lui garantir la victoire s'il le manifestait sur les enseignes de ses troupes etc.. Peu d'années auparavant, alors que Constantin guerroyait en Gaule, une vision d'Apollon dans son sommeil lui avait valu la victoire. Aurélien, en 272, campant près d'Emèse en Syrie lors de son expédition contre Zénobie reine de Palmyre, avait lui aussi été gratifié dans son sommeil d'une vision du Sol Invictus, le dieu d'Emèse, adoré autrefois par Héliogabal; il avait obtenu avec la victoire de pouvoir rétablir l'Empire romain dans ses anciennes frontières orientales.
     Toutes ces versions de rêve prémonitoire relevaient en fait de très vieilles traditions rappelées par l'Hermes Trismégiste, suivant lesquelles un roi prince ou empereur, étant de naissance divine et, plus précisément, le dernier des dieux et le premier des hommes, bénéficiait d'avertissements spécifiques du fait de cette origine.

     Plus pratiquement, le chrisme, dans la perspective d'une bataille confuse entre gens vêtus et armés à l'identique, constituait un signe de ralliement pour les troupes de Constantin, qui restèrent groupées et purent bousculer l'adversaire. De surcroît, Christos (oint de Dieu) attestait la personnalité " Auguste " de Constantin; en conséquence celui-ci frappa du sigle KI-RHO ses médailles, monnaies etc...

     Postérieurement vers 325, Constantin devenu le seul maître de l'Empire, la légende précisa qu'il était ô Christos, le seul oint du Dieu unique, effaçant d'un coup les rivalités entre les nombreuses divinités du Panthéon gréco-romain, de telle sorte que Constantin, seul représentant terrestre du Dieu unique, incarnait le pouvoir légitime dans l'Empire, aussi bien sur le plan politique que religieux.
     L'Edit de Milan, nouvelle Capitale, fut publié en 313; il fit cesser la persécution en Occident et autorisa les Chrétiens à pratiquer publiquement leur culte. Peu après en 314, Constantin réunit quelques évêques à Arles pour tenter, en vain, de résoudre le problème soulevé par le donatisme carthaginois relatif aux conditions du retour des lapsi dans leur communauté d'origine. Action beaucoup plus importante, il décida de se fixer en Asie Mineure comme Dioclétien ; il créa la ville de Constantinople et convoqua dans ses environs à Nicée , en 325, le premier Concile œcuménique pour résoudre la querelle arienne; ce Concile fut véritablement la prise de conscience de l'Eglise, catholique et apostolique, de son unicité dans ses diversités orientales et occidentales; ce fut la proclamation révolutionnaire du Dieu Unique dans sa Trinité; de l'incarnation du Fils (sans précisions de date ni de lieu), de ses souffrances d'homme (il n'est pas question d'une mort sur une croix), de sa résurrection et de son ascension (sans aucune référence historique). Les décisions ou canons du Concile furent promulguées par Constantin comme des lois de l'Empire.

     Constantin devint d'autant plus aisément le chef incontesté de l'Eglise catholique, que les nouveaux " textes sa crés" composés après 313 identifiaient leur Sauveur avec l'Empereur. L'évangile dit de Marc (VIII-27,30) pousse Pierre à reconnaître en son Sauveur " ô Christos " l'oint de Dieu ce qui n'a guère de sens dans le contexte de l'Ecriture. Puisque ce Sauveur, Fils du Dieu Unique, engendré et non créé, égal à son père en tout, participe à chaque action de la Trinité, à quoi cela servirait-il que Dieu fût béni par lui-même ? Par ailleurs dans les Evangiles, aucun Grand Prêtre ni Prophète ne vient, à aucun moment, oindre d'huile sacrée l'homme Jésus. Celui-ci à sa naissance reçoit les offrandes de Mages chaldéens, prêtres du Dieu solaire Mithra; Jésus est également acclamé par des bergers, compagnons habituels de cette divinité au moment où elle naît d'une grotte ou d'un rocher. L'homme Jésus est donc décrit comme le nouveau Mithra, le nouveau Soleil (Néos Hélios, étymologie de Noël), titre appartenant en propre aux Empereurs romains. L'identification était sans équivoque, d'autant plus nette que Pierre s'exprimait dans le voisinage immédiat du célèbre temple de Pan à Césarée de Philippe, nouvelle dénomination de la ville de Panias ou Panée: Pan était le dieu berger; traditionnellement, depuis au moins deux millénaires, tout roi prince ou empereur était salué comme le berger de son troupeau, de son peuple. (1)

     Pratiquement, que vaut une citation littéraire pour des foules illettrées ? Il importait à Constantin de mettre en oeuvre d'autres moyens pour fidéliser les communautés chrétiennes et les conduire à se laisser christianiser. Cette fidélité fut achetée par les très nombreuses subventions de toute sorte dont Constantin gratifia les diverses communautés; la construction de Collégiales ou Basiliques (maisons de l'Empereur), richement dotées, vint compenser les dommages subis pendant la persécution de Dioclétien.

     Constantin eut l'habilité de comprendre à quel point les religionnaires étaient attachés à la Septante, et se voulaient les nouveaux élus. Il leur concéda, après leur appropriation du Livre consécutive à l'expulsion de Marcion de Rome, celle toute virtuelle d'une véritable Patrie, la Palestine. Dans Jérusalem, devenue ainsi leur Capitale spirituelle, il fit abattre les temples dressés autrefois par Hadrien, pour édifier sur leurs ruines des monuments érigés à la gloire du Dieu Unique, du Christ Roi. Toutefois, ces nouveaux Palestiniens, par le cœur, ne furent jamais assimilés à des Judéens; ils furent dénommés Galiléens. Ainsi s'édifièrent les Lieux Saints et s'ouvrit la route des pèlerinages.

     Pour le reste, outre les traitements de faveur accordés aux évêques et la mise à leur disposition des services publics, notamment la poste impériale pour faciliter leurs déplacements, Constantin possédait suffisamment d'esprit pratique pour savoir que la vie quotidienne de son Empire dépendait directement de la bonne volonté de son Administration, non pas des dirigeants honestiores, mais des 35.000 esclaves qui globalement assuraient la marche régulière des bureaux. Maintenir les salaires et autres avantages attachés à leur statut, proscrire toute nouvelle persécution anti-chrétienne pour garantir leur tranquillité, se présentaient comme des conditions impératives pour la réalisation de l'union politique si ardemment voulue par Constantin.

     La religion chrétienne se christianisa et devint donc religion grecque (ô christianismos) c'est-à-dire culte de Constantin, unique représentant du Dieu Unique dans son Empire en voie d'unification. Cela rappelait à la mémoire des érudits le culte promulgué autrefois à la gloire d'Alexandre le Grand.

     Les Chrétiens, originellement insoumis, se muaient en troupes dont l'obéissance absolue au Maître constituait l'essentiel de leur religion, malgré les crimes commis par ce dernier, dont on ne sait pas avec certitude si, à sa mort en 337, il avait été baptisé. Eusèbe de Césarée, par sa " Vie de Constantin " contribua beaucoup à la déification de celui-ci qui jusqu'à la fin de la période romane du Moyen Age (12ème siècle) fut honoré par les fidèles comme le fondateur de l'Eglise catholique. De nombreuses églises romanes, en Poitou Charente Alpes de Provence etc ..., portent au-dessus de leurs porches, par où les foules circulaient, d'imposantes statues équestres appelées des "Constantin ", auxquelles Emile Male a consacré dans son " Art religieux du 12ème siècle en France ", des pages d'une érudition émue.

     Le christianisme fit de ses fidèles de véritables quêteurs de servitude, trouvant dans celle-ci la quiétude de l'irresponsabilité; si bien que, même dans les années 1910, à Montbenoît, commune du Haut-Doubs, les habitants, reconstruisant le clocher-porche de leur église abbatiale (enrichie d'un reliquaire des Rois Mages) rétablirent sur celui-ci la statue équestre du Sieur de Joux , autrefois maître de la région, dont le portrait sculpté sur bois trône encore dans le chœur du sanctuaire.
      Le Maître resta un Dieu, pour la raison que, une fois disparue en 363 la dynastie constantinienne, le Christ-Roi demeura la source du pouvoir, de tout pouvoir, comme le dit clairement l'Epitre aux Romains d'un Paul légendaire (XIII -1 à 7) :      " Omnis potestas a Deo ". La figure ressemblante du Sauveur est le Seigneur-Maître dont on dépend pour vivre, auquel le christianisme fait aux fidèles l'obligation d'obéir.

     La volonté de puissance des évêques-aristocrates se trouva activée encore par la décision de 382 du jeune Empereur d'Occident Gratien fils de Valentinien 1er; il désacralisa complètement sa fonction en abandonnant le titre de Pontifex Maximus à la demande d'Ambroise, ancien gouverneur de l'Italie du Nord, devenu évêque de Milan,et dernier rejeton d'une lignée clarissime très ancienne. Le titre fut repris dans les années 440 par Léon 1er., pape de Rome. Ambroise, en 390, fit s'agenouiller devant lui le grand Empereur d'Orient Théodose 1er. auquel il accorda le pardon du génocide commis à Théssalonique par sa troupe, suite à une loi " christianiste " sur l' homosexualité. Théodose décréta en contrepartie l'interdiction d'exercer les cultes familiers au profit du seul culte du Christ-Roi. Une véritable " révolution culturelle " menée par les évêques de toutes les cités impériales conduisit à la persécution sanglante des honestiores attachés à leurs cultes ancestraux; persécution illustrée par l'étripage horrible d' Hypatie, une philosophe d' Alexandrie, exécuté par Pierre le lecteur de l'évêque (saint ?) Cyrille, Père de l'Eglise catholique dont la complicité en ce crime éclatait aux yeux de tous. Des bataillons de moines illettrés, vêtus de noir, tuèrent sous les ordres des évêques, brûlèrent maisons et bibliothèques, dans leur haine de la philosophie néo-platonicienne la plus élaborée. L'Eglise catholique se manifesta à partir de ces siècles d'horreur comme une force de répression sans défaillance, parfaitement décrite par R.MacMullen dans son ouvrage " Christianisme et paganisme du 4ème au 8ème siècle ". La fermeture définitive de l'Académie d'Athènes en 529 par Justinien et l'expulsion des derniers néo-platoniciens illustrent tragiquement le sectarisme de cette répression toujours actuelle, malgré un langage ecclésiastique melliflu.
      Le Christ-Roi devient par le zèle des évêques un Dieu puissant, le Dieu des armées, c'est-à-dire un Dieu jaloux, rancunier assoiffé de vengeance, composant avec le sang de ses ennemis ou autres innocentes victimes les antiennes psalmodiées en ses temples prônant le pardon des fautes et l'amour du prochain.

     Le seul exercice de la force ne saurait, quant au fond, apporter à lui seul une modification significative. Déjà, le 25 Décembre 335, la première christianisation de la fête du Sol Invictus s'était produite par un simple changement de dénomination: Christ, fils du Dieu Unique, lumière de lumière, venait se substituer à Apollon, Mithra et autres divinités solaires, mais sa naissance au solstice d'hiver restait toute symbolique. L'incarnation effective dans un corps d'homme, affirmée par le Concile de Nicée, trahissait une concession à la mentalité de la masse servile. Celle-ci n'ayant qu'un corps pour seul bien ne pouvait imaginer une réalité divine différente d'elle et réduite à une seule idée, à un pur symbole.
     Le Christianisme, se voulant totalitaire et unique, dut donc finalement composer avec les diverses croyances du temps et se construire en les syncrétisant dans un nouveau contexte rituel.

      Ce fut notamment le cas pour le culte de Cybèle et Attis, culte extrêmement populaire depuis la fin du 3ème siècle avant notre ère: introduit à Rome en moins 204 il lui avait valu la victoire sur Carthage, après les ravages causés en Italie par Hannibal durant la deuxième guerre punique. Ce culte se manifestait annuellement à la semaine Sainte du 18 au 25 Mars, où l'on répétait, après beaucoup d'autres cérémonies, l'ensevelissement d'Attis sur le pin sacré, sa croix, et sa résurrection au 3ème jour, jour des hilaries. Malgré les interdictions de l'Empereur Théodose, le culte se maintint jusqu'en 415; il s'agissait d'une pratique glorifiant à l'équinoxe de printemps la fécondité lunaire célébrée depuis la plus haute Antiquité sous diverses formes, tant en Mésopotamie, Syrie, Phénicie, Phrygie qu'en Egypte ...Il suffit d'une ou plusieurs disettes ou famines survenant dans l'Empire au cours des années suivantes pour rappeler, après 415, la nécessité pour vivre de ce culte ancestral.

     Aussi bien, le Concile de Chalcédoine en 451 introduisit pour la première fois dans la doctrine de l'Eglise, un Christ en croix, comme successeur effectif d'Attis, poursuivant ainsi l'absorption par ses pratiques rituelles des anciennes divinités tutélaires. Le culte christianisé de la croix naquit au milieu du 5ème siècle seulement.

      Un Concile tenu à Constantinople en 692, in trullo (sous la Coupole), ordonna pour sa part de ne représenter désormais Christos que sous une forme humaine.

     Il nous faut souligner quel poids de terreurs peurs et angoisses devait peser sur les consciences pour que le Christianisme, à peine né, se perdit dans une folle recherche de reliques, restes supposés de personnages déclarés "saints " ou " martyrs " , leur âme séjournant en vue du Christ, et priés suppliés d' intervenir comme de glorieux protecteurs au bénéfice de leurs fidèles, qui leur réservaient un culte au moins aussi fervent qu'à celui du Christ-Roi. Aucune relique ne fut plus recherchée, plus estimée, plus chère à acquérir que celle dite de la vraie croix. Son invention releva de la pure légende puisque aucun évangile n'a relaté soit la mise au tombeau de la croix du supplicié supposé - elle n'aurait pu y entrer vu ses dimensions - soit la découverte d'une croix dans le tombeau du Christ après sa résurrection. Les récits de la découverte par l'impératrice Hélène mère de Constantin - personne de grand âge à l'époque peu capable de voyager (2)- ou par l'impératrice Protonice femme de l'empereur Claude, dans la légende du roi Abgar d' Edesse, traitent d'amulettes sous forme de croix, telle la croix ansée qu'on portait en Egypte depuis au moins deux millénaires. Personne, à vrai dire, n'a jamais vu cette " vraie croix " en dehors des moines qui, à Jérusalem, la détaillaient, au prix fort, en assurant qu'elle se reproduisait d'elle-même miraculeusement.

Reliquaire de la Sainte croix ( XII ème siècle, musée du louvre)

     Un peu plus tard, on tuera pour voler le corps supposé d'un apôtre supposé. On fit commerce de tout, même d'os de lapins vendus comme reliques de Rois Mages. On organisa des pèlerinages vers les sanctuaires richement dotés pour présenter à la dévotion populaire, contre une participation financière ,des " restes " aussi " saints " que le cordon ombilical du Christ, son prépuce , ou la cire de la bougie allumée à sa naissance. Peu importait l'objet; la foi permettait de sublimer en espoirs les peurs et angoisses des fidèles par ces gestes, exutoires. Ces trafics dégradants se répandirent jusqu'à nos jours, mystifiant la crédulité d'un peuple naturellement superstitieux et affamé de magie. Vint s'y ajouter le commerce de l'assurance-vie chrétienne conduisant les plus fortunés des " croyants " à penser obtenir, à leur mort, une plus grande clémence divine pour leurs fautes, en achetant par donations en tout genre les bons offices et prières de moines ou desservants de sanctuaires, pour une période post-mortem déterminée par l'importance de la somme versée. Le Christ-Roi était aussi le Dieu de la Fécondité, donc de la richesse; il était juste que ses prêtres, ses serviteurs, ayant ou non fait vœux de pauvreté, accumulassent dans leurs demeures et temples cette richesse, manifestation de sa divinité

     Deux faits majeurs marquent la fin de cette période historique de l'avènement du christianisme
          - D'une part, en 622, l'éclosion de la religion islamique. Ses armées se répandirent très vite, non seulement en Orient mais aussi en Afrique du Nord et en Espagne, poussant différents raids jusqu' en Gaule. Jérusalem fut prise en 638, Alexandrie en 642. Les pirates musulmans tinrent des places fortes en Italie Centrale et Méridionale jusqu'au 10ème siècle. L'Empire romain d'Orient fut très diminué, assiégé dorénavant à l'Est et au Sud par des forces ennemies; il fut vaincu sous le règne du dernier Constantin, à la date marquant conventionnellement la fin du Moyen Age le 29 Mai 1453. La religion catholique se réduisit à la seule population européenne, privée de support en Afrique du Nord, Egypte Syrie, Perse etc .-..  D'autre part, à la fin du 6ème siècle, l'intrusion des Lombards en Italie du Nord. Après les ravages des Wisigoths en 408 et 410 (sac de Rome), des Huns en 452, des Vandales en 455 (2ème sac de Rome) et de Ricimer en 472 (3ème sac de Rome), la fin de l'Empire d'Occident en 476, l'intervention des Ostrogoths venus battre, à Ravenne, Odoacre roi d'Italie, les incursions des Lombards dès la fin du 6ème siècle marquèrent l'effacement en Italie de l'Empire romain d'Orient. Celui-ci peina à afficher sa suprématie après la mort du roi Théodoric en 526 et l'installation d'un vice-roi à Ravenne délégué de l'Empereur de Constantinople en 540.

     Les poussées des Lombards finirent par déborder largement l'Italie du Nord, inquiétèrent les Romains à plusieurs reprises. Rome, après les campagnes de Bélisaire, était devenu un duché de l'Empire d'Orient; son duc nommé par Constantinople fut parfois simultanément l'Evêque de la ville, ancienne Capitale-Musée; ce fut le cas de Grégoire dit Le Grand (590 -604), membre d'une très ancienne famille de la noblesse romaine; son père Gordien était l'arrière petit-fils de Félix IV pape de Rome; Grégoire fut le premier à exprimer sa volonté d'aboutir à un gouvernement universel des âmes, et par là des corps.
     Finalement, en 750, les Lombards chassèrent le vice-roi de Ravenne et menacèrent directement les Romains. L'évêque Etienne II ne pouvait espérer un secours efficace de Constantinople ; il vint en Gaule solliciter le patronage de Pépin le Bref, qui le reçut dans son domaine de Ponthieu, début Janvier 754. Etienne II demeura en l'Abbaye de Saint-Denis plusieurs mois, en profita pour oindre de l'huile sacrée Pépin le Bref, et prit le chemin du retour escorté d'une forte armée qui défit les Lombards.
     Instruit par la (fausse) donation de Constantin à Sylvestre 1er. qui l'aurait guéri de la lèpre , émerveillé par la lettre que l'Apôtre Pierre porteur des clés du Ciel lui adressait personnellement par l'intermédiaire d'Etienne II en 756, Pépin le Bref attribua à ce dernier et à ses successeurs un véritable royaume comprenant avec le duché de Rome quelques contrées italiennes. Ainsi naquirent les Etats Pontificaux, sous le souffle d'un Esprit Saint qui sut si efficacement inspirer d'authentiques faussaires, stigmatisés à notre époque par Mgr .Duchesne dans son ouvrage sur "Les premiers temps de l' Etat Pontifical "

     La fausseté de la Donation de Constantin a été scientifiquement prouvée par Lorenzo Valla en 1440, mais dans le palais du Vatican on créa une salle de Constantin achevée en 1524; ses fresques rappelaient à tous que Constantin avait offert Rome au Pape, dont la volonté de puissance le poussait à se prétendre le premier en tout.

 

En résumé, l'avènement historique du Christianisme s'étend sur quatre siècles et demi de 313 à 756. A l'intérieur de cette époque, on peut distinguer deux parties pratiquement égales en durée:
          - La première correspond de 313 à 524, à la fin de ce que l'on nomme habituellement l'Antiquité Tardive, d'après les travaux notamment de P.Brown.
          - La seconde, de 525 à 756 , marque les débuts du Haut Moyen Age.

 

Outre les faits rappelés ci-dessus, divers événements méritent d'être cités:
Dans la première partie:
     En 418, les Wisigoths ariens prirent possession du royaume d'Aquitaine, puis, après la défaite de Vouillé en 507, refluent en Espagne.
     En 457, Victor d'Aquitaine établit un nouveau comput pascal à la demande de l'Archidiacre Hilaire qui succéda à Léon 1er. pape de Rome, en 461.
     En 496, le Christianisme se diffuse en Gaule, après le "baptême-conversion" de Clovis. Le Mérovingien se donna ainsi l'Administration dont il avait besoin pour renforcer l'avenir de son royaume. La réunion des Evêques gaulois en 511 à Orléans sacralisa sa dynastie et confia au Roi le soin de désigner les titulaires des Sièges épiscopaux.
     En 524, la fin de l'Antiquité Tardive est illustrée tragiquement par la mort de Boèce, dont la " Consolation de la philosophie " sera très commentée au Moyen Age.

Dans la deuxième partie:
     .En 525, Denys le Petit impose à Rome le comput pascal alexandrin, adopté l'année. suivante par le Pape de Rome. Jean 1er. Denys n'est plus mentionné après 526.
     En 529, Justinien ferme l'Académie d'Athènes et chasse les derniers philosophes.
     En 545 environ, Saint Benoît invente sa règle monastique au Mont Cassin.
     A partir de 555, Cassiodore bâtit dans son Vivarium en Italie du Sud le premier scriptorium du Moyen-Age. Ses " Institutiones " auront plus tard une grosse influence dans les commentaires des Ecritures Saintes.
     En 583, le roi des Wisigoths Récarède se " convertit " à Tolède; il obtient ainsi les mêmes avantages que Clovis au début du siècle.
     En 636, Isidore de Séville meurt après avoir publié son Encyclopédie des "Etymologies ". Isidore est souvent désigné comme le dernier des Pères de l'Eglise romaine. Il est vénéré en Franche-Comté, longtemps espagnole, comme le patron des laboureurs, son nom signifie qu'il est un don d' Isis, manifestation éclatante de la persistance dans les mémoires des divinités dites païennes, qui ressusciteront glorieusement dans les arts de la Renaissance.
     En 735, Bède le Vénérable meurt dans son monastère britannique; il publia en latin plusieurs ouvrages remarquables faisant de lui une personnalité aussi importante que les Pères de l'Eglise. Son livre " De temporum ratione " reprend les démonstrations oubliées de Denys le Petit; il sort l'ère de l'Incarnation du comput pascal, et fonde véritablement l'ère chrétienne

1 : Beaucoup plus tard à la Renaissance Rabelais dans son 4ème livre assimilera totalement Pan à Jésus Christ, comme d'autres humanistes

2 : L'Impératrice Hélène aurait découvert la vraie croix en 326. L'Empereur Constantin est né à Naissus en 272; sa mère Hélène avait environ 72 ans au moment des faits, la moyenne d'âge à l'époque était de 35 ans. L'invention de la Sainte Croix a fait beaucoup plus tard l'objet d'un livre par un moine Alexandre qui ne parle absolument pas de l'Impératrice Hélène; c'est l'évêque de Jérusalem Macaire qui aurait reçu de l'Empereur Constantin l'ordre de déblayer les décombres de l'ancien temple d'Aphrodite et aurait eu la surprise, après avoir été gratifié d'une illumination divine, de rencontrer sans l'avoir cherché, un tombeau dans le rocher; on l'aurait pris pour le sépulcre du Christ; on désigna de même, comme étant le bois de sa croix, un poteau également mis au jour.

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